La Ferté-Bernard : juré d’assises, il témoigne

Daniel Tournelle a vécu l'expérience des jurés d'assises.
C’était en 2010. Le 12 mai exactement. Daniel Tournelle est assis à côté d’une cinquantaine de “tirés au sort”. Le numéro 22 est appelé. C’est lui. Il vient se placer auprès du juge. « C’est impressionnant. On est tout de suite dans l’ambiance. Le décor est assez sobre mais il y a un tel silence. Tout est protocolaire, cérémonial ».
Les deux assesseurs sont en noir comme pour rajouter une dose de gravité. Il y a de quoi…
Tentative de meurtre
L’affaire du jour est une tentative de meurtre sur un mineur… par un autre mineur. Elle remonte à 2008.
Pour des questions de retenue, de décence, Daniel Tournelle ne souhaite pas donner de nom. Il les garde pourtant bien en tête. « Une expérience comme celle-là, ça ne s’oublie pas…. ».
Durant toute une journée, il voit les témoins défiler à la barre. L’auteur du crime est reclus dans un coin. En face, la victime semble vouloir s’effacer.
Contradictions
Mais huis clos oblige, la salle est vide et rien ne peut échapper aux jurés qui voient même la tension monter… jusqu’à l’éclatement. « C’est une chose terrible que de voir des gamins être interrogés comme cela. Deux ans après, on leur demandait de se souvenir en détail des faits, de ce qu’ils avaient déclaré ou vus ».
Sous le poids des questions, ils cèdent et pleurent. Daniel Tournelle évoque une certaine forme de “torture”.
Mais la vérité doit être faite et les jurés le savent. Quoique mal à l’aise, ils écoutent avec la plus grande attention. « On voit passer les témoins, on entend noir puis blanc… on ressent comme un sentiment contradictoire. On ne sait pas très bien quoi penser ».
Préméditation ?
En quelques heures, la culpabilité de tentative de meurtre n’est cependant plus remise en cause. Une interrogation en chasse une autre et les jurés doivent maintenant savoir s’il y a eu préméditation.
Des menaces par SMS, l’achat d’un couteau quelque temps auparavant… autant de preuves qui apportent un éclairage incontestable sur le dossier.
L’affaire n’est toutefois pas qu’un simple tas de feuilles dans une chemise cartonnée, il s’agit d’une personne en chair et en os, assise à quelques mètres seulement.
Le vote
Les jurés ont une partie de son avenir dans leurs mains. Ils ont le choix de serrer avec fermeté ou de relâcher avec indulgence.
Tout se jouera quelques heures après au moment du vote, dans la salle des délibérés. « Selon la loi, l’auteur encourt entre 1 et 10 ans » annonce le juge. Il est présent aux côtés de ses deux assesseurs. Le jury se compose de 12 personnes. Chacune détient une voix.
Le principe est simple : le vote doit être unanime.
Pour Daniel Tournelle, il n’aura pas fallu trois heures. Quelques fois, il en faut beaucoup plus. « Dans les premiers votes, nous n’étions pas du tout d’accord. Nous avions quelques extrêmes : de toute petite peine et de très lourdes » se rappelle-t-il.
Ame et conscience
Le juge joue alors le rôle d’aiguilleur, il recentre les débats et les jurés s’appuient sur son expérience.
La peine tombe enfin : 5 ans. « Lorsque l’on dit qu’il faut juger en son âme et conscience… c’est vraiment le cas » lâche le juré numéro 22. « C’est vraiment dur d’envoyer quelqu’un en prison ».
A cette annonce, l’auteur est immédiatement embarqué par les forces de l’ordre.
Les jurés peuvent rentrer chez eux. Le lendemain, une autre journée les attend. Cette fois, il s’agissait d’une tentative de meurtre. Demain, sera un viol sur mineur… par un “beau” père.
J-L.V.


