Connerré : Affaire Leprince, Agret persiste et signe

Quand il s'agit de l'affaire Leprince, Roland Agret est toujours aussi combatif.
Le condamné à tort le plus célèbre de France a passé quelques jours en Sarthe pour présenter son dernier livre consacré à l’affaire Dany Leprince. Après des séances de signature au Mans, Roland et Marie-Jo Agret, se sont arrêtés chez les Hemonnet à Connerré avant de dîner chez Alain Leprince, « une famille extraordinaire mais toujours en souffrance ». Roland Agret a d’ailleurs annoncé que le frère de Dany et Christian allait rejoindre l’association « Pour la vérité rendue aux victimes du massacre ».
Mercredi, Roland Agret était à la librairie Styl’ et Plum’ de Connerré où il a détaillé, en compagnie des Hemonnet, de Christine Fournier, et de Rémy Nougier l’avocat Nîmois de l’association, les nouvelles actions à venir. Interview.
Quel est l’objectif de ce livre ?
“Il fallait répondre aux questions que chacun se posait. Le pourquoi du comment. Pourquoi une justice dit oui et pourquoi une autre justice dit non. Un rappel de l’histoire était tout à fait nécessaire. Aujourd’hui, Dany Leprince se retrouve à quémander une sortie qui est fort peu honorable. Même s’il obtient une libération anticipée, il sera toujours étiqueté pour certains comme étant le boucher de la Sarthe. Par rapport à cela, et avec l’association « Pour la vérité rendue aux victimes », on a changé de dimension. Martine Anziani, la présidente de la commission des révisions vient de déclarer dans la presse que les magistrats de la chambre criminelle n’avaient pas lu le dossier. Elle conclut également en affirmant que la justice n’est pas passée. Cela veut dire qu’il y a actuellement des coupables en liberté qui se retrouvent totalement blanchis. Savoir qu’il y a des monstres qui se baladent libres m’est insupportable. On veut se servir de ces déclarations comme postulat de base…”
Comment peut-on faire rebondir une telle affaire ?
“Quand on ne peut plus avoir de grain à moudre sur le terrain ou amener des éléments nouveaux, il faut chercher des éléments mécaniques pour détruire un système bloqué pour parvenir à une révision du procès. On va activer un très vieil article du code de procédure pénale dont avait bénéficié Jean-Marie Deveaux (NDLR : acquitté le 27 septembre 1969 après avoir passé huit années en prison pour un meurtre qu’il n’avait pas commis). Il s’agit d’une révision dans le cadre de l’intérêt même de la justice. Avec l’association, nous avons également déposé deux plaintes, l’une a été adressée au Conseil Supérieur de la Magistrature qui vise directement le procureur Thin. Il a détruit des scellés de façon très hâtive ce qui a gêné considérablement le travail de recherche de la commission des révisions. Par ailleurs, le procureur général Claude Mathon de la cour de cassation a fustigé vertement et à juste titre, le travail des enquêteurs et des magistrats du Mans. Cette espèce de « pugilat » entre magistrats est un phénomène nouveau mais révélateur. La justice ne peut pas en rester là. Une seconde plainte a été déposée contre l’État et les services du procureur par Me Rémy Nougier.
On est actuellement en concertation avec d’autres magistrats connus et de hauts fonctionnaires de police pour actionner la justice…”
Que dire de Dany Leprince ?
“Son sort nous est indifférent. J’ai pris mes distances par rapport à l’individu. Ses nouveaux amis n’ont pas cessé de nous couvrir de boue sur internet. Pourtant les Hemonnet se sont prononcés pour sa grâce estimant qu’avec 17 ans de prison, il avait suffisamment payé quand bien même il serait l’auteur du meurtre de son frère. Sur le dossier lui-même, je pense toujours qu’il est non-coupable mais je n’interdis pas aux autres d’avoir une analyse différente. Ce qui m’intéresse, c’est le sort que l’on a fait aux victimes. Je suis allé maintes fois sur les lieux. Il n’y avait plus les corps mais j’étais tout de même bouleversé. On ne peut pas laisser ces âmes errer. Il faut arracher la vérité…”
Quel est le quotidien de Dany Leprince ?
“Il a intégré la centrale de Melun. Mais il n’est pas content parce que sa cellule ne donne pas sur une rivière mais sur un haut mur de béton. Il a demandé que l’on lui fasse parvenir des cartes postales bien champêtres. Sur le plan carcéral, c’est l’anti-résistant. Un détenu modèle. Quelqu’un qui crie son innocence et qui joue au détenu modèle, je n’aime pas cela. C’est quelqu’un qui a l’esprit reptilien. (…) Bref, un sale type, mais je dis aussi qu’il est non-coupable…”
Recueilli par
Christophe Belhomme


